Somptueuse par son architecture et fascinante par son histoire, la Synagogue de Bordeaux s’inscrit dans la lignée des grands lieux de culte juifs érigés en France au XIXème siècle. Au cœur de la Gironde, elle incarne un judaïsme traditionnel et affirmé.
Les Juifs de Bordeaux ont une histoire particulièrement riche. Pour certains, leur présence remonterait à la destruction du second temple de Jérusalem en 70. Pour d’autres, leur véritable arrivée a lieu suite à l’Inquisition espagnole et portugaise (1492-1497) lorsque les Israélites de la péninsule ibérique s’établissent à Bordeaux, Toulouse et Bayonne. En 1550, les première lettres patentes octroyées aux « marchands portugais », permettent l’installation durable de cette population juive en Guyenne. En 1654, ces familles qui portent des noms portugais et des prénoms chrétiens, obtiennent la protection du gouvernement dans le grand Sud-Ouest et en 1723, leur religion est reconnue. Qualifiés par le passé de « marchands portugais », ils sont alors désignés comme la nation juive de Bordeaux. Au XVIIIème siècle, leur contribution à la vie économique et culturelle est considérable. Le savant Jacob Rodrigues-Pereira, membre illustre de la communauté, invente le langage des sourds-muets en France. Il dira ainsi : « il n’y aura plus de sourds-muets, il y aura des sourds-parlants ». Les Juifs prospèrent particulièrement dans le commerce maritime où leurs connaissances linguistiques sont un atout conséquent. Au cours du XVIIIème siècle, bien qu’amenés à exprimer plus ouvertement leur judaïté, les Juifs de Bordeaux n’en restent pas moins seulement tolérés. Le culte est maintenu dans sept oratoires, tous installés dans des immeubles particuliers. Il faut attendre les décrets napoléoniens et la création du Consistoire central israélite de France pour que s’élève à Bordeaux, un sanctuaire à la hauteur de sa communauté juive.
Œuvre de l’architecte Armand Corcelles, la première synagogue de Bordeaux est inaugurée le 14 mai 1812. Au-delà d’être la première grande synagogue de la ville, elle est aussi la plus belle de France : la Synagogue Nazareth à Paris ne verra le jour qu’en 1822 et celle de Strasbourg qu’en 1834. Installé rue Causserouge, le temple girondin sera détruit le 27 juin 1873 par un incendie ravageur. Face aux ruines et aux cendres, la communauté juive œuvre pendant plusieurs années pour reconstruire un lieu de prière à son égal. L’emplacement se négocie, le financement s’organise et la persévérance des familles juives bordelaises porte ses fruits : le 5 septembre 1882, la Grande Synagogue de Bordeaux ouvre ses portes. Une date qui n’est pas anodine puisque le Consistoire a pour coutume d’inaugurer les nouveaux sanctuaires juste avant les fêtes de Rosh Hachana et de Yom Kippour.
Situé au 213 rue Saint Catherine et à l’angle de la petite rue Labirat, ce nouveau bâtiment est réalisé par l’architecte Charles Durand. Plusieurs complications se présentent lors de l’élévation. En premier lieu, des contraintes de construction imposent que la façade donne sur la rue Labirat, malgré son étroitesse qui avait déjà fortement gêné le sanctuaire précédent. Puis l’architecte fait fi de la demande de la communauté juive qui désire que l’édifice soit inspiré de l’ancienne synagogue de la Causserouge. Enfin, la configuration intérieure ne permet pas de respecter la traditionnelle orientation vers l’Est, en direction de Jérusalem. Ces obstacles se surmontent et après plus de deux ans de travaux, ce monument à l’architecture originale s’achève enfin. La façade est composée d’un pignon central couronné par les Tables de la Loi et encadré de deux tours. L’entrée se fait par trois portails en arc brisé à voussures dans lesquelles sont sculptées une Ménorah et d’autres motifs symboliques. Cette façade se caractérise par une disposition semblable à celles de nombreuses synagogues européennes de la seconde moitié du XIXème siècle. Dans l’espace de culte intérieur, on découvre un volume des plus extraordinaires : 36m de long, 26m de large et 16m de hauteur. Pour le couvrir, Durand eut recours à une structure métallique. Réalisée en tôle rivetée, cette structure porteuse est une œuvre des ateliers de Gustave Eiffel. Mille places sont destinées aux fidèles.